Etat des lieux :
Contexte
" Nous nous devons tous de prendre le ferme engagement d'oeuvrer sans relâche en vue d'arracher les catégories et les régions défavorisées à l'emprise de la pauvreté, de l'exclusion et du sous-développement, de leur permettre de prendre en charge leur propre essor et de réaliser le développement humain durable, qui constitue le véritable combat du Maroc d'aujourd'hui et de demain "
(Mohammed VI, roi du Maroc)
La population marocaine est de 30 millions d’habitants. Quelques indicateurs chiffrés permettent d’établir un profil sur cette population.
. 44 % de cette population est rurale
. 18 % de la population vit actuellement en dessous du seuil national de pauvreté
. 35% de la population marocaine vit en dessous du seuil absolu de pauvreté tel que défini par la Banque Mondiale.
. Le chômage a atteint 11,9 % de la population.
Le nombre de micro-entreprises formelles ou informelles au Maroc est estimé à plus de 1 000 000. Elles constituent la principale source d’emplois de la classe pauvre marocaine.
Fondements et particularités du Microcrédit
Le fondement principal du Microcrédit consiste à combiner un objectif social, celui de la lutte contre la pauvreté, et un objectif économique, celui de la viabilité financière des opérations qui sont réalisées.
Ces deux objectifs sont apparus longtemps comme contradictoires.
En effet, les personnes à revenus très faibles doivent être les premières concernées par le Microcrédit, vu qu’elles n’ont pas accès au système bancaire traditionnel. Ces personnes sont considérées comme une population à risques et sans aucune garantie réelle.
Par conséquent le Microcrédit s’adresse en priorité aux populations pauvres qui ont besoin d’un financement d’un montant limité pour réaliser une activité génératrice de revenu. Il offre de très petits crédits à des familles très pauvres pour les aider à conduire leur projet leur permettant ainsi de développer leurs très petites entreprises, dans le but de relever leur niveau de vie ainsi que celui de leurs familles.
La différence principale entre le Microcrédit et le crédit classique, est qu’il est orienté sur une cible nouvelle : les pauvres et les exclus. Il reconnaît leurs talents, leurs besoins et leur capacité à rembourser les prêts. Au lieu de les éliminer par avance de la clientèle du crédit, parce que les méthodes, les critères et les garanties ne sont pas adaptés à leur situation, il invente des méthodes et des garanties qui leur conviennent. Au lieu de leur imposer l’objet du prêt, il est à l’écoute de leurs besoins. Il permet ainsi de découvrir que les gens exclus du crédit bancaire, sont, comme les autres, dotés de l’esprit d’entreprise et d’initiative, de la capacité de jugement, et qu’ils remboursent, de plus, plutôt mieux que les riches !
L’objectif pour l’Association de Microcrédit (AMC) est, par l’octroi d’un petit crédit adapté aux besoins de son bénéficiaire, de lui donner les moyens de développer son activité. Un microcrédit commence souvent à 100 ou 150 dollars.
Au Maroc, le Microcrédit prend souvent la forme d’un crédit solidaire : le prêt est octroyé à un groupe de personnes (entre 4 et 8 selon les AMC) qui décide de se porter garant en s’engageant à rembourser la dette d’un de ses membres en cas de problème. Cette technique permet d’éviter les risques d’impayés: les taux de remboursement excèdent les 98% dans le secteur, à comparer avec celui des banques qui avoisine les 80% !
Le principe de couverture des coûts par les intérêts a pour objet de pérenniser le développement des associations de microcrédit. Le taux d’intérêt reste supérieur au crédit bancaire classique mais largement inférieur à celui des usuriers.
Evolution du secteur du Microcrédit au Maroc
Au Maroc, le secteur s’est développé d’une manière rapide. Les activités de Microcrédit ont débuté au milieu des années 1990, sous l’impulsion de l’AMSED, une ONG marocaine. Le premier prêt fut octroyé en 1993 à une femme. Plusieurs autres institutions, dont l’ambition était nationale ou régionale, sont ensuite apparues et ont fait évoluer le secteur vers plus de professionnalisme.
Les années 90 ont vu le développement du secteur au Maroc : 1994, extension du programme d’AMSSF au Microcrédit ; 1995, création de la Fondation Zakoura ; 1996, création de l’ACAET (Association des Cadres et Anciens Elèves de Tanderara, devenue depuis l’association Al Karama ) ; 1997 : création de la Fondep et d’Al Amana.
Le programme MicroStart du PNUD, qui a débuté en février 1998, a fourni une assistance financière et technique à six associations avec un budget opérationnel de US$ 1.7 millions, dont US$ 150,000 par association participante .Cet appui au secteur a été suivi par celui de l’USAID pour plus de US$ 16 millions surtout en faveur de l’association Al Amana.
L’octroi de microcrédit a longtemps été une composante des activités d’ONG généralistes qui ont dû diviser leur structure en 1999 avec la mise en vigueur de la loi sur le Microcrédit qui exigeait la séparation des programmes de Microcrédit de leurs ONG mères.
En 2000, le Fonds Hassan II a soutenu le secteur avec une subvention de 100 millions de DH (10 millions €). Cette contribution financière a permis d’accroître le nombre et le montant des prêts accordés, en particulier pour les trois principales associations (Al Amana, Zakoura et la FBPMC).
Ces dernières années ont vu la création de la Fédération Nationale des Associations de Micro Crédit (FNAM), par une volonté de rationalisation des activités et de création d’un interlocuteur unique porte parole de tout le secteur pour mieux s’adapter aux besoins du terrain, ainsi qu’aux exigences des bailleurs de fonds.
Aujourd’hui le secteur est relativement diversifié : 4 AMC ont une couverture nationale, 3 associations ont une couverture régionale, les 5 autres se représentent comme des associations de proximité, et sont issues de leur terrain d’action. Une autre association est agréée mais pas encore réellement active.
Le Microcrédit est devenu un instrument essentiel dans le dispositif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Les 13 associations présentes dans le secteur ont réalisé depuis leur création plus de 4,5 millions de prêts totalisant plus de 15 milliards de DHS (soit 1,5 milliards d’euros) d’encours cumulés.
Ces associations servaient au 31 décembre 2006 plus de 1 000 000 clients actifs, dont 66 % de femmes pour un encours global de près de 3,5 milliards de DHS (soit 350 millions d’euros) et un taux de remboursement de plus de 99 %.
La Microfinance est aussi à l’origine de la création de près de 3 900 emplois directs permanents et de plusieurs dizaines de milliers d’emplois indirects.
Les chiffres du secteur du microcrédit au Maroc
Ces associations servaient au 31 décembre 2007 plus de 1 300 000 clients actifs, dont 64 % de femmes pour un encours global de plus de 5,5 milliards de DHS (+30 % par rapport à fin 2006), soit environ 480 millions d’euros.
Le taux de remboursement dépasse 98 %, ce qui montre la pertinence d’une approche consistant à prêter à des personnes à bas revenus sans garantie matérielle.
La Microfinance est aussi à l’origine de la création de 6 700 emplois directs permanents et de plusieurs dizaines de milliers d’emplois indirects.
| Principaux indicateurs | |
|---|---|
| Nombre de clients actifs | 1,353,074 |
| Pourcentage des femmes | 63,94% |
| Montant total des prêts en cours (en Dhs) | 5,598,433,528 |
| Encours moyen du prêt (en Dhs) | 4138 |
| Répartition des clients actifs des AMC | |
| Urbain | 748,871 |
| Périurbain | 27,717 |
| Rural | 576,486 |
| Historique | |
| Nombre total des prêts distribués depuis la création | 112,893,399 |
| Montant total des prêts distribués depuis la création(en Dhs) | 19,057,882,417 |
| Qualité du portefeuille | |
| Taux de remboursement | 98,06% |
| Ressources Humaines | |
| Nombre d’agents de terrain | 5150 |
| Nombre de cadres et employés hors terrain | 1550 |
| Effectif total | 6700 |
| Indicateurs résultat | |
| Résultat d’exploitation | 420,494,316 |
| Résultat net | 28,011,755 |
Chiffres au 31/12/2007
Régulation du secteur
La Loi relative au Microcrédit au Maroc
La loi 18 / 97 sur le Microcrédit a été votée en 1999. Elle vise à renforcer le cadre juridique et règlementaire applicable à la Microfinance.
En février 2000, le Ministère des Finances a rédigé et mis en oeuvre un texte de loi qui attribue une licence aux AMC qui leur permet d’accorder des crédits, mais pas de collecter l’épargne. Aujourd’hui, 13 AMC disposent de cette licence.
Dans ce texte apparaît aussi la nécessité de viabilité pour les AMC, avant 5 ans. Ainsi, les associations doivent, pendant cette période de 5 ans, substituer peu à peu les subventions par des fonds propres (provenant en partie des produits de l’activité). En cas contraire, la licence d’exercer est retirée et les fonds sont redistribués par l’Etat.
Pour plus d'informations sur le texte de loi, cliquez-ici